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L’orthorexie : avoir peur de ce qu’on mange

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L’orthorexie : un nouveau trouble alimentaire qui gagne du terrain
L'orthorexie : avoir peur de ce qu'on mange

Quand le principe de précaution rencontre la suspicion généralisée envers le monde agroalimentaire, cela rend à la mode tous les régimes « sans » (végétariens, vegan, crudivores…), des pratiques érigées en garantes d’un équilibre alimentaire sain. Mais quand ces pratiques tournent à l’obsession et envahissent les assiettes, cela s’appelle de l’orthorexie, un trouble alimentaire récent, mais qui progresse vite…

« On n’a jamais eu aussi peur de ce qu’on mange »

« Manger un fruit uniquement s’il a été cueilli il y a moins d’une minute, faire des mini-repas assortis de compléments alimentaires… L’orthorexique est emprisonné dans un ensemble de règles qu’il s’impose », explique le professeur de psychologie interculturelle Patrick Denoux qui estime, selon les études, de 2 à 3 % la proportion d’orthorexiques en France.

Conceptualisé dans les années quatre-vingt-dix aux États-Unis, le terme d’orthorexie est défini par Le Petit Larousse en 2012, comme « trouble ».

« Nous vivons une mutation culturelle de l’alimentation qui nous amène à douter fondamentalement de ce que nous mangeons à cause de l’éloignement du producteur et du consommateur, de la délégation du contrôle par le consommateur à des institutions lointaines, des crises alimentaires… », liste le spécialiste.

Après le « traumatisme » de la crise de la vache folle aux débuts des années il y a près de trente ans, puis celle de la viande de cheval en 2013, « on n’a jamais eu aussi peur de ce qu’on mange », confirme Pascale Hébel du Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie). « L’éloignement du rural a créé ces angoisses qui se cristallisent chez les classes supérieures ».

Dans notre culture occidentale, ce « soupçon d’empoisonnement » est « valorisé » comme preuve de notre « perspicacité », affirme Patrick. Denoux. « J’avais l’impression de détenir la vérité pour vivre le plus longtemps possible », témoigne ainsi Sabrina Debusquat qui a été orthorexique pendant un an et demi, et qui a publié un livre sur le sujet. Cette Française de 29 ans a développé son syndrome à la suite d’allergies de la peau provoquées par des cosmétiques : de clic en clic, elle tombe sur des sites fustigeant l’alimentation industrielle. « Toutes ces informations ont généré chez moi une angoisse énorme. C’est une réaction extrême à une malbouffe extrême », résume-t-elle.

Patrick Denoux définit trois grands systèmes alimentaires : le traditionnel de « notre grand-mère », l’industriel qui « remplit notre estomac » et le sanitaire qui voit « la nourriture comme médicament. » L’orthorexique n’arrive pas à combiner ces systèmes, simplifie en se réfugiant dans la santé, et en excluant des aliments.

En un an et demi, Sabrina Debusquat est devenue végétarienne, puis vegan (refus de manger toute protéine animale), puis crudivore et frugivore (alimentation à base de fruits). « Je voulais atteindre un état de pureté », justifie-t-elle. Elle stocke les produits qu’elle juge « sains », les pèse et prend leur température, tout en critiquant ses proches qui ne suivent pas le même régime.
Elle perd ses cheveux, sans s’en inquiéter… Seul l’énervement inhabituel de son compagnon lui permet de se rendre compte de son état obsessionnel. « Mon corps avait fini par tyranniser mon esprit. » Elle décide de s’en sortir et sort acheter de la vitamine B12.

Obtenu par extraction animale, cet élément sert essentiellement à la fabrication des globules rouges.

« Elle commençait à devenir aveugle »

C’est cette même vitamine dont manquait une patiente de Sophie Ortega, médecin nutritionniste à Paris : « Elle commençait à devenir aveugle par carence de B12. Vegan pure et dure, cette patiente refuse d’en avaler. C’était comme si elle préférait perdre la vue que de trahir son engagement envers les animaux », s’inquiète son médecin.

Praticienne depuis vingt-cinq ans, Sophie Ortega souligne la perte actuelle de repères chez ses patients. « Cela devient un casse-tête de remplir son chariot de supermarché et d’équilibrer ses menus. Il y a maintenant des aliments présentés comme des médicaments ; on se dit que ça ne peut qu’être meilleur. »

Mais cette médecin insiste : « La bonne alimentation inclut le végétal et l’animal », autorise « la spontanéité » et… « le plaisir ».

Patrick Denoux a publié « Pourquoi cette peur au ventre » aux éditions J.-C. Lattès. « Métro, Boulot… Bonheur ! »

Pourquoi cette peur au ventre ?*
  • Patrick Denoux
  • JC Lattès
  • Broché: 245 pages

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